Contre « l’ubérisation » de l’enseignement des activités physiques et sportives ou comment rester 40 ans en arrière ?

En réponse à la tribune parue dans Libération, le 6 juin 2020 :

En France, notre système sportif et non de « formation physique et sportive » repose sur le monde associatif qui a permis à de nombreux enfants d’accéder au sport loisir et de compétition à moindre coût. 

Il faut garder en tête qu’un club de cyclisme par exemple proposant un pack « licence + cotisation » à 150€ ne rentre pas dans ses frais : sur un cycle de 30 entrainements, le coût d’encadrement uniquement équivaut au double des frais payés par les familles

Dans un club de triathlon comprenant des frais de piscine, le coût de prise en charge du sportif est proche du triple pour un ensemble « licence + cotisation » à 200€.

C’est une chance, une association a une mission sociale extraordinaire permettant à des familles avec peu de moyens de pratiquer des activités physiques très variées. 

Le revers de la médaille est que nos impôts servent à compenser le « manque à gagner » des associations par le biais de subventions et rarement par des deniers privés sous la forme de sponsoring, l’incitation à cette forme de financement étant ridicule. 

Lorsque je lis cette tribune contre le secteur privé dans l’encadrement sportif et potentiellement dans le dispositif « 2S2C », qui soit dit en passant semble plutôt faire les yeux doux aux bénévoles plutôt qu’aux professionnels de l’entrainement (encore une histoire de coût), je ne peux que bondir de mon siège. 

Aujourd’hui, une association fonctionne uniquement sur ses bénévoles, peu voire pas formés, tant que leur motivation est forte ou grâce à des éducateurs sportifs professionnels lorsque les moyens financiers sont là. Mais dans ce second cas, il ne faut pas croire que ces derniers sont salariés : même si je n’ai pas de chiffres sur lesquels m’appuyer, je pense que la majorité de ces entraineurs professionnels sont des prestataires de services, des travailleurs indépendants donc bien installés dans le secteur privé. Zut alors, saloperie de capitalistes !! 

Augmenter le temps de sport est essentiel dans notre pays, nous l’avons vu dernièrement, ne serait-ce que pour l’impact majeur sur la bonne santé : limitons ou stabilisons très jeune le surpoids, l’hypertension ou le diabète et lors de la prochaine pandémie, le risque de basculer dans un état médical grave sera limité. 

Augmenter le nombre d’heures d’EPS, pourquoi pas mais les auteurs de la tribune parue dans Libération semblent persuadés que seule l’école peut injecter un projet éducatif dans la pratique sportive, que seuls les professeurs d’EPS ou des Écoles ont une formation de 5 ans qui leur donnent une science absolue dans toutes les activités sportives !!

Avoir recours à un spécialiste d’une APS leur semble exclue : ne nous abaissons pas à solliciter quelqu’un qui pourrait m’apprendre des choses !!

Souvenons-nous de nos cours d’EPS, toujours plus courts, tournant essentiellement autour de tournois de hand, tennis de table, de séances de course sans véritables objectifs de réalisation…est-ce que j’en retire un sentiment d’avoir eu un accompagnement de qualité ? Je ne crois pas ! Et vous ?

Est-ce que le secteur privé sportif n’est présent que pour gagner de l’argent ? Je ne crois pas non plus sinon nous pourrions dire la même chose d’un cuisinier par exemple. Le premier objectif est-il de faire un bon plat qu’on va payer ou juste se faire payer.

De la même manière, l’objectif de l’éducateur sportif privé est-il de se faire payer ou d’obtenir une progression physique chez le sportif qui génèrera un profit ?

Personnellement, si mes sportifs (de compétition) ne performent pas, ils vont voir ailleurs et ne me font pas une belle publicité !

Donc croire que le secteur privé est obnubilé par l’argent et pas la qualité de la prise en charge est une stupidité : à l’opposé, si nos associations fonctionnaient avec une recherche réelle d’équilibre financier en variant les sources de revenus, elles pèseraient moins lourds sur les deniers publics et engageraient des professionnels de qualité. 

Les auteurs de la tribune s’inquiètent des garanties de compétence et je pourrais aussi ajouter la probité des intervenants privés !! Pour être entraineur privé, il faut passer un diplôme, être déclaré et posséder une carte professionnelle, une assurance, produire une copie de son casier judiciaire. A priori, seuls les professeurs d’EPS et les éducateurs issus du secteur public peuvent se garantir d’une compétence sans faille…

Aujourd’hui, les professeurs d’EPS et les éducateurs issus du secteur public se permettent des tribunes faisant croire que tout ce qui est privé est néfaste pour la pratique sportive. Le sport privé, ce n’est pas que le PSG et ses millions d’euros, ce sont aussi des milliers d’éducateurs sportifs qui œuvrent quotidiennement pour encadrer des personnes de tout âge pour le loisir ou pour la compétition. 

Le fait de conserver une emprise étatique sur le sport est plutôt un frein majeur au développement des APS : pendant quelques années, on nous a vendu la professionnalisation des associations sportives et aujourd’hui, nos fédérations reviennent en arrière et créent des catalogues de formation à 90% à destination des bénévoles !

Quand la FFC promet à un bénévole le titre « d’entraineur expert » après 3 WE de formation, on marche sur la tête et on tue le potentiel d’emploi des entraineurs professionnels. 

Nous le payerons dans quelques années quand nos bénévoles se seront vidés de leur motivation et quand les résultats en compétition des cyclistes s’effondreront parce que la qualité de l’accompagnement n’était pas au rendez-vous. 

Bien sûr, la prise en charge d’un club est accessible au plus grand nombre mais à mon tour, de me poser la question sur la qualité de l’encadrement en EPS et dans les écoles ainsi qu’en club uniquement avec des bénévoles !

Arrêtons de croire que seul l’État peut encadrer correctement, arrêtons de croire qu’avec un titre de professeur d’EPS ou de conseiller technique ont est mieux que les autres. 

Aujourd’hui, ce ne sont pas 2h d’EPS qui mettent les enfants au sport, ce ne sont pas des personnes dans un bureau qui font avancer la performance, ce sont des gens de terrain souvent issus du monde privés !

Frédéric HURLIN, entraineur privé depuis 16 ans. 

Lien de la tribune: https://www.liberation.fr/amphtml/debats/2020/06/06/contre-l-uberisation-de-l-enseignement-des-activites-physiques-et-sportives_1790422?fbclid=IwAR2mtnMdeSUAYX6Ob15dwb-dpQtOlM_H5_O2NJ7e9MKFQYR9d4GuOBDvfyY.

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