CYCLISME: Spécificités de LA cycliste

Alors que Fiona Kolbinger, 24 ans, vient de boucler les 4000kms de la Transcontinental Race devant tous les hommes en 10 jours 2 heures et 48 minutes, il est bon de rappeler quelques bricoles autour du fonctionnement du corps d’UNE sportive. Voici quelques points qu’un entraineur masculin peut oublier ou méconnaître.

  • On enregistre toujours de 10 % à 15 % de différence dans les performances ou, du moins, dans les records des sports d’endurance. Fut un temps, on pensait voir les femmes franchir des lignes d’arrivée avant les hommes ; mais les femmes sont arrivées tardivement dans la compétition de haut niveau (marathon, ultra-trail, triathlon LD, etc.), et leur progression rapide tend à se tasser régulièrement avec la professionnalisation de l’encadrement.

Aujourd’hui, la victoire de Fiona Kolbinger montre que les qualités physiques ne font pas tout, notamment en ultra-endurance.

  • La femme présente un déficit de VO2max à cause d’une masse en hémoglobine plus faible : cela sous-entend moins de globules rouges pour acheminer l’oxygène dans les organes actifs.
  • La femme reste douée pour les activités d’endurance, avec un fonctionnement cardiaque plus économe, malgré tout (compensation de la masse en Hb plus faible ?).
  • On observe aussi une utilisation préférentielle des lipides durant les activités d’endurance et, surtout, une protection accrue contre les dommages musculaires, quoiqu’encore mal comprise [1]. La victoire de Kolbinger vient-elle de ses muscles moins cassés dans le temps.
  • On pourrait penser qu’une femme est moins forte qu’un homme. Sous une barre de musculation, il n’y a pas photo ; mais si l’on rapporte au poids de corps, la différence devient relativement faible.

Malgré tout, lorsqu’on prend l’ensemble “cycliste/vélo”, le poids du combo reste en défaveur de la cycliste avec une limite basse imposée par l’UCI à 6,7kg : pour une femme de 55kg, il représente 10,4% de son poids quand pour un homme de 68kg, il ne représente que 8,4% de son poids.

  • La prise de masse grasse à la puberté est normale : la pratique d’un sport d’endurance peut être un axe de contrôle de la masse corporelle d’une jeune femme, mais demande certaines précautions sur le plan alimentaire, notamment lorsqu’on s’intéresse aux demandes de l’organisme au long de ses cycles menstruels. La graisse est nécessaire chez la femme pour accomplir son futur « rôle » de mère.
  • Les cycles menstruels sont parfois gênants : tous les 28 jours en cas de contraception orale mais parfois, plus éloignées sans contraception (jusqu’à 40 jours), les règles apparaissent ; certaines sportives peuvent être fortement incommodées par les troubles pré-menstruels (jambes lourdes, rétention d’eau, souci gastro, perte d’énergie) puis des saignements aux quantités aléatoires.

Même avec des menstruation légères (l’entraînement intense peut entraîner une aménorrhée), l’hygiène intime est un problème avec le cuissard. À l’usage, on peut donc proposer un cycle de préparation basé sur le suivi des cycles menstruels ; nous l’évoquerons dans un prochain article.

  • Un second thème lié aux cycles menstruels est leurs survenues pendant une compétition importante. Il est possible de prendre la contraception orale de manière continue, afin d’empêcher l’apparition des menstruations, mais ce procédé doit rester exceptionnel, et le contrôle et le conseil d’un gynécologue sont alors essentiels.
[1]Laurent Bosquet - Ultra-endurance : la femme dépassera-t-elle l’homme ? - 4e Forum européen Cœur, Exercice et Prévention.

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