Entrainer, ce n’est pas si facile !

Je prends volontairement un de mes derniers articles à contre-pied sur le fait que l’entrainement n’est pas si compliqué…enfin peut paraître facile d’accès.

En fait, c’est en tombant sur une discussion sur un forum triathlon que j’ai pris conscience que certains sportifs ont un regard biaisé sur le métier d’entraineur, qu’il suffit de se faire un WE de formation et lire quelques livres pour acquérir un savoir immédiatement utilisable.

Et en fait, que la rétribution qu’un entraineur demande pour son travail est une arnaque !

Je vais prendre mon exemple, étant encore celui qui je connais le mieux.

J’entraine depuis 22 ans au total soit depuis l’âge de 16 ans :

  • 2 ans en tant que jeune entraineur en gymnastique avec une formation basique fédérale (ma mère était entraineur de gymnastique et j’ai grandi dans ce milieu),
  • 4-5 ans en tant qu’entraineur de voile et préparateur physique avec un BEES « voile » (il s’agit de mon sport d’origine avec des dizaines de World Cup à mon actif),
  • 15 ans en tant qu’entraineur de triathlon et cyclisme avec un Master STAPS « sport d’endurance ».

J’ai suivi un cursus fédéral pour le BEES (aujourd’hui devenu BP) pendant 1 an puis 6 ans d’études à l’université (STAPS). 

Pourquoi 6 ans ? Parce que j’ai bénéficié d’aménagement d’horaires pour me permettre de poursuivre ma carrière de sportif « élite ».

Depuis la fin de mes études, j’ai suivi au moins une formation chaque année pour compléter mes études de base, ma bibliothèque comporte des dizaines de livres sur l’entraînement mais pas uniquement dans les sports dans lesquels j’entraine et mon disque dur contient environ 200 articles scientifiques.

Il est à noter que je ne suis pas un gros lecteur comparé à certain de mes pairs.

Aujourd’hui, j’arrive à :

  • Comprendre les tenants et aboutissants, la volonté de s’entrainer et performer d’un sportif,
  • Mettre en place une planification annuelle mais aussi être capable de la remettre à niveau au besoin,
  • Capable de mettre en place les séances adéquates pour une progression selon le niveau du sportif,
  • Capable d’apporter des correctifs,
  • Capable d’entrainer en anglais dans 3 sports, 
  • Capable d’analyser des datas et générer un bilan afin d’aiguiller les futurs blocs d’entrainement….

Le tout avec plus ou moins de réussite parce qu’on travaille avec l’humain.

Je continue ou bien ?

Je ne me débrouille pas trop mal aussi dans l’accompagnement en compétition, je sais adapter mon langage selon le pratiquant, ses ambitions, son niveau d’anxiété. Je suis capable de « prédire » assez finement une performance.

Le tout avec plus ou moins de réussite parce qu’on travaille avec l’humain.

Je continue ou bien ?

Parallèlement, je dispose d’une carte professionnelle qui vous garantit ma formation mais aussi une assurance professionnelle pour vous éviter de rester le bec dans l’eau, le jour où un problème survient, je suis un professionnel déclaré donc je paye des charges.

Je continue ou bien ?

L’idée n’est pas d’étaler mes compétences dans un article mais de poser une question : toi, sportif, parent, dirigeant de club, entraineur d’une autre discipline qui fait un pas de côté pour arrondir tes fins de mois, es-tu capable de faire cela et me remplacer ?

Bien sûr, pas remplacer pour faire acte de présence mais avoir une efficacité identique sur le plan de l’apport physique, technique, mental, sur la mise en sécurité du pratiquant.

Le sport en France était traditionnellement laissé aux bénévoles ; en 2019, le sport, quelque soit son niveau de pratique, est un métier de professionnels qui accompagnent des bénévoles élus.

Entrainer est un métier, c’est MON métier. Si certains veulent l’exercer, qu’ils franchissent toutes les étapes de l’initiation à ce métier !

De la même manière, traditionnellement, le sport en France était perçu comme gratuit (ou quasiment), largement subventionné par nos impôts en fait.

Aujourd’hui, ce n’est plus le cas et on se rapproche d’un règlement des frais réels d’une prise en charge par un entraineur.

Je dis bien qu’on se rapproche parce que comme me disait Philippe Lucas, on paye aussi pour entrainer ; parce qu’on ne laisse pas un sportif sans rien à quelque jour d’un objectif, parce qu’on vient entrainer gratuitement lorsqu’il le faut, parce qu’on aide de différentes manières un sportif ambitieux.

Votre plombier, quand il vient vous réparer une fuite d’eau un dimanche soir, vous le payez ?

Le dernier smart-phone qui vous fait rêver, vous vous le payez ?

Alors pourquoi croire qu’un entraineur, on ne le paye pas ?

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