L’entrainement et son impact sur la femme

Pourquoi l’entrainement intense impacte les cycles menstruels chez la sportive allant jusqu’à l’aménorrhée ?

La semaine dernière, nous avons fait un focus sur l'importance du système hormonal chez les femmes sportives (il doit en être de même chez l'homme mais il semblerait qu'on en tienne moins compte). Si la gestion de l'entrainement en tenant compte du moment dans le cycle menstruel est mal réalisée, on peut amener la sportive dans un situation bien connue: l'aménorrhée.

Il faut conserver à l’esprit plusieurs choses :

  1. L’apport énergétique et la dépense impacte le fonctionnement humain dans son ensemble,
  2. Les lipides font parties des éléments nécessairement présents à la production hormonale et notamment de la LH et la FSH. 

Si la dépense énergétique est très importante et que l’apport alimentaire journalier est limité voire déficitaire, l’organisme va venir chercher des calories dans les réserves lipidiques. En parallèle, le taux de leptine tend à diminuer et donc baisse la sensation de satiété (d'où la probable baisse d'appétit chez les sportifs en situation de sur-entrainement).

Mais cette même leptine intervient dans la stimulation des hormones FSH et LH : moins de leptine, stimulation moindre de l’hypothalamus et par ricochet de l’hypophyse et donc rupture dans la chaine de production des hormones sexuelles. 

A noter qu’au-delà de l’absence de possibilité (temporaire) de maternité, la baisse des taux de progestérones génère aussi à longue échelle une fragilité osseuse précoce. 

Il convient donc d’avoir un œil attentif sur divers facteurs lorsqu’on encadre des jeunes filles:

  • Le choix des compétitions à chaque catégorie et la construction à long terme de la démarche d’entrainement: en France, une cycliste qui commence à avoir ses règles et une sportive réglée devraient être dissociées. Une cycliste "Minime 1" avec un programme TDJC ou TDJV a bien assez de courses dans sa saison. Je bondis lorsque des responsables fédéraux techniques ou bénévoles incitent ces jeunes filles à participer à des épreuves dont le kilométrage est inadaptée: oui elles acquièrent de l'expérience en course, non, elles ne progresseront pas plus vite.

  • La création d’une relation de confiance surtout lorsqu’on est un entraineur homme pour aborder des sujets intimes mais nécessaires lorsqu’on aborde une pratique de compétition intense. C'est toujours quelque chose de délicat de rentrer dans le côté intime de la jeune fille et les parents ou du moins la maman doit être un point d'appui. L'entraineur doit resté dans la sphère physiologique / entrainement et n'a pas pour rôle d'effectuer l'éducation sexuelle d'une jeune adolescente. Ce rôle doit toujours être clair, rappelé fréquemment et sans équivoque pour éviter à un éducateur honnête de passer pour ce qu'il n'est pas et mettre des barrières infranchissables que certains franchissent malheureusement: on appelle cela de la pédophilie, il ne faut pas en cacher le terme.

  • Le choix de la programmation de chaque bloc après la puberté même si on évolue toujours sur des œufs tant que les cycles menstruels ne sont pas stabilisés. J'ai des retours d'expérience marquants mettant en lumière la difficulté de gérer l'état de forme. Le sur-entrainement peut être rapidement atteint avec un situation d'anémie marquée. Même si, il y a beaucoup à redire sur l'usage de la contraception orale et ses risques secondaires aujourd'hui démontrés, c'est quand même une facilité pour la jeune femme de savoir le jour précis du début de ses règles.... Après, nous entrons dans des considérations gynécologiques que je ne maitrise pas, n'étant qu'un simple petit entraineur, mais la planification est bien plus simple dans cette situation.

Avec ce dernier article qui clôt cette réflexion et une synthèse de mon expérience dans l'entrainement au féminin, j'espère vous avoir apporté quelques éclairages sur le sujet. J'espère que les entraineurs qui liront ces articles comprendront l'importance à apporter au monitoring de l'entrainement dés les catégories minimes (12-13 ans): ce sont encore des enfants mais, nous, entraineurs, nous devons avoir une réflexion sérieuse d'adulte pour aider ces jeunes filles à progresser, à leur rythme, sans mettre en danger leur motivation et leur santé.

C'est la raison pour laquelle je me battrai toujours pour que les jeunes filles ne soient pas noyées dans un groupe de cyclistes garçons, qu'elles limitent leur temps d'entrainement avec des garçons au-delà de la catégorie minime car ce n'est pas leur rendre service, bien au contraire. Le cyclisme féminin est un cyclisme différent du cyclisme masculin et cette réflexion, nous devons l'apposer pour chaque sport: une femme n'est pas un homme!

Frédéric HURLIN - www.azurperformance.fr

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