Multi-sport: halte au remplissage!

Les différentes expériences que nous avons en tant qu’athlète ou entraîneur nous amène à découvrir des manières de faire variées. On définit souvent les entraîneurs vis à vis de la style de management, tantôt bienveillant et paternaliste, tantôt dictateur, tantôt laxiste. Un entraîneur se définit aussi dans sa manière de gérer la balance quantité / qualité : je pense que si je devais me définir, je serai plutôt du côté qualité.

Certain sports sont aussi adeptes de pratique spécifiques dont ce que j’appellerai le remplissage : la mode du «  tu as 20 heures d’entraînement à faire, bouges pas, je vais trouver à t’occuper ». Pour le sportif, l’orgueil est gonflé de réaliser de belles semaines de sport, le coach aussi, d’avoir à créer de nombreuses séances.

Il y a des moments pour ce type de semaines gargantuesques, il y a aussi des moments pour des plans d'entrainement plus sobres et même si cela peut surprendre, ces semaines sont plus nombreuses que les semaines de barbares.

Lorsqu’on discute « qualité d’entrainement » avec des cyclistes, il s’agit obligatoirement de sorties de plus de 3h et 80kms. Arrghh, je m’étouffes ! Lorsqu’on prends part à des courses de 50-65kms, qui plus est en peloton, il ne me semble pas d’une impérieuse nécessité de réaliser des sorties très longues. L’impact des relances, des attaques, des sprints sur le corps doivent aussi être pris en compte sur des efforts plus courtes mais intenses.

On retrouve aussi cette mentalité chez les ultra-trailers qui ont un besoin viscéral de passer des journées sur les sentiers. Pourquoi pas si on se réfère à la beauté des lieux traversés et au bonheur d’être en pleine nature mais pourquoi quand on connaît l’impact de la dégradation musculaire de la course nature. Quand je repense à mon beau-frère descendant le Maïdo, arrivant à l’Ecole Sans Soucis durant le dernier Grand Raid de la Réunion, les jambes raides par la technicité du terrain, je me dis que les sorties très longues ne sont pas uniquement les armes absolues pour la réussite sur des efforts d’ultra-endurance.

Il convient de sortir des carcans de pensée et des mythes urbains poussant absolument les sportifs d’nedurance à aller chercher des efforts très longs.

Posons-nous la question : quel intérêt ai-je à allonger encore et toujours mes séances d’entraînement, notamment si mon temps de sport est limité ?

  • Un intérêt musculaire : oui mais on a d’autres moyens pour y arriver avec de meilleurs résultats car un meilleur contrôle de l’engagement.
  • Un intérêt énergétique : oui sans aucun doute pour apprendre à gérer son stock d’énergie et la manière de le remplir durant l’effort.
  • Un intérêt matériel : pourquoi pas ; ai-je besoin de bâtons en trail ? Ma position sur le vélo me permet-elle d’être efficace dans la durée ? Mais faut-il 5h00 pour valider un choix technique ?
  • Un intérêt mental : indéniable mais il ne faudrait pas ronger la corde jusqu’à la faire rompre durant l’objectif visé.

Aujourd’hui, nous avons des possibilités de créer des situations de fatigue précoce et donc d’adaptations de l’organisme en restant sur des normes de volume d’entraînement correctes et ne pas entrer dans la lubie névrotique du remplissage absolu.

Pour autant, lorsque le remplissage est effectif malgré tout, la gestion de la fraicheur du sportif est primordiale. Persévérer dans son propre enterrement en première classe est une stupidité.

On entre facilement dans le côté obscure de la fatigue, en sur-entraînement et on ne peux remonter la pente. Le sportif a le sentiment d’avoir fait tout ce qu’il fallait et se détruit mentalement dans la non-réalisation d’objectif.

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