TRI – Cyclisme: dopage et puissance

Le problème de l'estimation de puissance de VAYER-PORTOLEAU est qu'on est très loin de la précision scientifique!

Le modèle de Di PRAMPRERO utilisé demande beaucoup d'informations dont certaines ne sont pas facilement collectables. Si les aboutissements de ce calcul n'étaient pas aussi dangereux pour l'image d'un sport toujours sur la sellette, les approximations seraient permises. Or, on est souvent dans l’accusation sans preuves solides !!

Parmi ces variables : 

  • la surface frontale: difficile à évaluer et on imagine bien qu'un BERNAL comparé à un Van Avermatt, positionné différemment sur des modèles de vélos différents ne pousse pas la même quantité d'air.
  • les conditions météos : on doit pouvoir apporter des éléments probants et mesurés de manière régulière sur toutes les ascensions sur lesquelles on souhaiterait mesurer une puissance. L'utilisation de stations météos à différents intervalles est une solution mais demande des moyens conséquents pour avoir la température, la pression atmosphériques, la force et direction du vent... ce qui n'est pas le cas aujourd'hui car les évaluations sont réalisées derrière un écran de TV. Et on sait qu’en montagne, des éléments comme le vent sont de précieux alliés puis d’affreux adversaires au gré des virages en épingle. 
  • enfin le poids du cycliste, la pente réelle ou la qualité des roulements sont à définir avec des vélos équipés de boitier de pédalier, roulements de roue, de dérailleurs de qualité variable. Grâce à des comparatifs de produits, on sait que même les roulements céramiques ne sont pas toujours aussi bons que de simples roulements acier[1]!!

On pourra ajouter l'influence de l'aspiration-abri ou drafting, la présence des motos de la Garde Républicaine lorsque la foule est dense dans les grandes ascensions comme l’Alpe d’Huez ou le Ventoux sur la consommation d'énergie du cycliste. Contador ou Nibali dans une ascension avec un vent de face seront très heureux de s'abriter derrière un concurrent ou un coéquipier pour s'épargner des efforts.

Et d’ailleurs, on ne prend jamais en compte la présence des spectateurs sur le bord de la route !!

Le poids du cycliste est aussi très variable entre le départ d'une étape et l'arrivée : certains sportifs peuvent perdre plus d'1,5 litres d'eau lors d'exercice en ambiance chaude (malgré les 5 à 8 litres de boisson journalière) accompagné de 2kg de sucre et graisse stockés.
On imagine aisément que le poids à transporter en haut d'Hautacam ou de l'Izoard aura un impact.

Grégoire MILLET, spécialiste de l'entraînement en altitude, ajoutera lors d'une note parue sur son compte Facebook en 2017 : « Quelle est la sensibilité individuelle de Froome (ou un autre) à l'altitude ? » En effet, on sait que certains sportifs s'adaptent rapidement à l'air des montagnes (on utilise le terme de bon répondeur) mais un sportif dopé peut échapper au "radar" de l'équation si sa capacité à capter de l'oxygène est amoindrie par l'altitude[2] : le dopant permettra alors d’avoir des performances « normales » alors que le cycliste aurait dû être en difficulté.

Un calcul effectué devant un téléviseur, sans accès direct aux variables de l'équation; comme une envie de mêler imprécisions et mathématiques... c'est incompatible, c’est de l’analyse au doigt mouillé !

Quel degré d'erreur ? Devant la difficulté de collecter toutes les données à intégrer dans une équation, il semble inconcevable de juger le caractère propre de la performance d'un cycliste. Dans "La preuve par 21" de VAYER, on rapporte que lorsque toutes les données sont connues et validées, la marge d'erreur est inférieure à 2%. Mais lorsque les valeurs sont définies grossièrement... On passe rapidement de valeurs acceptables à des valeurs "mutantes".

Le capteur de puissance peut-il aider un contrôle anti-dopage ? L'outil capteur de puissance peut, à mon sens, aiguiller et uniquement aiguiller la recherche de tricheur. Je vous l'ai présenté auparavant, il existe le Profil de Puissance.

En utilisant un Profil de Puissance pour un suivi longitudinal (dans le temps) comme des valeurs biologiques, on observera immanquablement des ruptures de courbe :

  • à la baisse : sur-entraînement, maladie, carences diverses...
  • à la hausse : préparation médicamenteuse, pratique dopante...

Aux agences anti-dopage de terminer le travail avec des preuves biologiques !

La lutte anti-dopage est complexe : le travail secret de l'analyse biologique (prise de sang et d'urine) est souvent écrasé par le tapage médiatique d'une technique mathématique ambitieuse mais peu fiable. Le capteur de puissance que la majorité du peloton utilise désormais pourrait être une aide précieuse pour trouver les bad boys de la Petite Reine.

Frédéric HURLIN - www.azurperformance.fr


[1] Comparatif indépendant sur la perte dûe à la friction des roulements : https://www.hawk-racing.com/independent-bottom-bracket-efficiency-study/  .

[2] entre 3% et 7% - Robergs et al. 1998.

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