TRIATHLON – CYCLISME: Et la puissance critique dans tout ça ??

La puissance critique est une autre manière de voir l’entrainement par la puissance même si de nombreux concepts dans l’utilisation du PPR se rejoignent. 

Il existe une relation mathématique permettant de définir les pics de puissance de manière mathématique : à partir de 2 mesures de terrain (CP5 et CP20 par exemple), on peut extrapoler les puissances sur des durées intermédiaires (entre 5 et 20 minutes), avant 5 minutes et au-delà des 20 minutes. 

C’est la base de réflexion du modèle de Coggan que nous avons brièvement abordé précédemment : à un temps d’effort est lié une puissance !

Malheureusement, la relation mathématique se heurte à la spécificité de chaque corps humain :

  1. Quelles sont nos capacités à mobiliser une force importante et à utiliser nos réserves de Créatine-Phosphate sur les efforts de sprints ?
  2. Quelle est la cinétique de notre lactatémie ? Du recyclage de la production de lactate ?
  3. Quel est notre rapport d’utilisation lipide / glucide sur des efforts de longue durée ?
  4. Quelle est l’efficience motrice du pédalage de chacun des sportifs entrainés ?

Une relation mathématique est une règle intangible alors que notre génétique et notre entrainement font de chaque cycliste, des êtres au fonctionnement unique. C’est très confortable pour extrapoler des performances mais on se heurte à une trop large variation de performance pour avoir un accompagnement crédible du sportif. 

L’entraineur se sert de mesures et peu d’extrapolations (quand ça fonctionne, c’est très bien sinon…), ainsi nous avons un suivi réel de la performance. 

Pour répondre à la question #1, la force n’est pas juste l’apanage du tour de cuisse ; la force provient de notre capacité à contracter massivement et rapidement un nombre important de fibres musculaires. Il s’agit aussi de requérir de l’aide auprès de muscles complémentaires afin de créer une synergie dans l’action. 

On peut imaginer que, dans le pattern de pédalage, le quadriceps et les fessiers travaillent de concert après le passage du point mort haut. Il faudra aussi demander aux muscles antagonistes d’être « relax » pour ne pas entraver le geste. 

Selon notre histoire sportive, notre base génétique de force, tout ceci est très variable. 

Concernant les réserves de Créatine-Phosphate : traditionnellement, on expliquait aux étudiants en STAPS que la filière anaérobie lactique ne fonctionnait pas plus de 10’’, chiffre pratique à utiliser car correspondant à la durée d’un 100m en athlétisme. 

Cette observation peut être valable notamment pour les efforts « à froid » avec un apport en oxygène très en-deçà de la demande. 

Pourtant, lorsqu’il y a un état stable dans la consommation d’oxygène (apport en O2 = consommation en O2), l’utilisation de la CP est à l’état stable et la CP est resynthétisée aussi vite qu’elle est consommée.

En effet, lorsqu’il y a une importante production d’ATP grâce au métabolisme aérobie, certains ATP sont associés instantanément à la créatine pour reformer de la Créatine-Phosphate (et donc un ADP). 

Vous sortez les rames pour suivre ? En fait, selon notre degré d’entrainement en endurance et dans le domaine du sprint, notre capacité à restructurer de la CP varie ![1] De grosses capacités d’endurance donne aussi de grosses capacités à sprinter!

Pour répondre à la question #2 : la réalisation d’efforts longs et intenses impacte l’utilisation musculaire du glucose, on parle de glycolyse anaérobie. 

Ce glucose est transformé en pyruvate et potentiellement en ATP (seul carburant utilisable directement dans le muscle) dans les mitochondries qui disposent d’un fonctionnement assez lent.

En parallèle, lors de l’ascension courte ou lors des premières secondes d’échappée, ce pyruvate est produit très rapidement et va s’accumuler en périphérie de la mitochondrie qui ne peut tout utiliser aussi rapidement. Ce pyruvate sera donc transformé en lactate et ce, 100 fois plus rapidement que ne l’aurait utilisé une mitochondrie. 

Encore une fois, il y a des différences individuelles marquées qu’un modèle mathématique ne prend pas en compte. 

L’avantage du lactate est que ce n’est pas un si mauvais déchet car il est un booster de la production d'ATP ! Mais encore une fois, selon notre condition physique et notre propension à réaliser des efforts violents mais prolongés, l’impact du lactate sera variable. 

On entre dans un domaine plus complexe ne se basant pas uniquement sur des us et coutumes de l’entrainement cycliste; je fais appel à des rappels de biologie qui permettent de comprendre pourquoi et comment notre organisme progresse. Accrochez-vous, suite la semaine prochaine.

Frédéric HURLIN - www.azurperformance.fr


[1] Dynamic asymmetry of phosphocreatine concentration and O2 uptake between the on- and off-transients of moderate- and high-intensity exercise in humans, Rossiter and coll. J Physiol,2002.

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